Deux acquis, deux défis

 

Vendredi 24 mars 2017

Discours prononcé lors de la célébration des 60 ans du traité de Rome à l’Hôtel de Ville de Paris

Monsieur le Commissaire,

Monsieur l’Ambassadeur,

Chère collègue,

Monsieur le conseiller-adjoint,

Mesdames des Présidentes,

Mesdames et messieurs,

Quel honneur, quel bonheur, d’être ici dans cette salle du Conseil de Paris pour célébrer le soixantième anniversaire du traité de Rome. Parce qu’être à Paris, pour une telle cérémonie, ce n’est pas rien. Paris, c’est l’un des cœurs battants, c’est presque une raison d’être, avec Rome, avec Berlin pour cette belle Europe, dont les acquis sont si nombreux que je ne sais pas lesquels choisir.

Dans les livres d’histoire, on apprend que l’un des acquis est la paix. Or, nous sommes dans un moment où certains pensent que l’on pourrait à la fois, préserver cet acquis de la paix et remettre en cause les frontières de l’Union européenne et du continent européen. Oubliant par là le pacte de François Mitterrand et d’Helmut Kohl au lendemain de la chute du Mur de Berlin, lorsque ce pacte était comme un rocher sur l’intangibilité des frontières. Voilà le moment dans lequel nous célébrons ce soixantième anniversaire.

Je vous l’ai dit : les acquis sont si nombreux que je ne sais lesquels choisir. Alors, de façon totalement arbitraire, mais peut-être pas tout à fait, je vais en choisir deux. Le premier, c’est une chose que la France a apprise de l’Europe, parce que parfois notre beau et grand pays apprend des choses de l’Europe. Et ce qu’il a appris, c’est l’égalité entre les hommes et les femmes. Bien sûr, il y a eu des combattantes héroïques de la cause dans notre pays, et rien ne serait advenu sans elles. Mais elles ont gagné aussi, parce, à l’échelle européenne, d’autres avec elles, ont réalisé la grande jonction qui fait qu’une cause finit par l’emporter parce que c’est une cause juste. Et c’est pourquoi dans notre pays aujourd’hui, il y a ces progrès formidables que nous avons faits pour la liberté des femmes, pour leurs libertés de choisir et qui sont parfois menacées quand certains veulent remettre en cause, par exemple, la liberté d’interrompre une grossesse.

Le deuxième acquis, comment ne pas évoquer celui que vous attendez dans ma bouche : l’euro. L’euro, ce n’est pas un rêve, pas plus que le marché intérieur, c’est juste l’arc boutant qui fait que tout tiendra, ou que tout s’effondrera.

Le jour où la France quitterait l’euro, il n’y aura plus d’Union européenne. Et sans Union européenne, permettez-moi de le re-citer, François Mitterrand nous dirait que nous retournerions au nationalisme et que le nationalisme, c’est la racine de la guerre.

Je sais que les Français sont attachés à l’euro. Indépendamment de tout ce qu’on leur dit, de toutes les horreurs qu’ils entendent, ils savent fondamentalement à quel point l’euro constitue une protection.

Laissez-moi vous raconter une anecdote qui s’est passée dans une voiture qui m’amenait de la gare du midi au Parlement européen. Je ne vous donnerai pas le nom des passagers, juste les propos entendus. L’un des passagers disait : « Oui, il faut quitter l’Union européenne, il faut quitter l’euro…Mais quitter l’euro ce sera plus difficile. Est-ce qu’on ne pourrait pas faire l’un sans l’autre ? » .

Ceux qui disent cela racontent des sornettes aux Français…

L’euro est l’acquis sur lequel nous pouvons regarder et construire le futur.

Parler des acquis c’est presque regarder le passé, or un acquis, c’est aussi un défi. Je ne veux pas reprendre ces deux acquis comme les deux défis pour demain, parce que j’épuiserais mon droit de tirage ; mais gardez bien en tête que ces deux acquis sont aussi des défis pour demain, comme l’est dans notre belle République la question de la laïcité.

Les défis, je vous en propose deux.

Le premier, parce que lorsque l’on s’adresse aux gens sur l’Europe concrète, tel qu’ils la vivent, la ressentent, ils ont consciemment ou inconsciemment, la sensation que quelque chose ne va pas, que quelque chose leur échappe. Et que quelque chose devrait être fait. C’est la question de la lutte contre l’évasion fiscale. Parce que l’évasion fiscale prive la puissance publique, qu’elle soit européenne ou nationale, des moyens de la redistribution, de la lutte contre les inégalités. Et ici, dans la capitale de la France, dans un des pays fondateurs de l’Union européenne, nous sommes devant un vrai défi, car nous touchons à l’obligation de dépasser les souverainetés dans des fonctions régaliennes. Pourtant, si l’on veut lutter contre Apple, Google, Amazon,… -permettez-moi de les citer-, et que chaque Etat pense s’en sortir tout seul, ce sont ceux qui créent de la valeur sans rémunérer les auteurs de la valeur qui gagneront, et ce sera une paupérisation de tous.

Voilà un beau défi à relever ensemble !

Le deuxième défi, c’est celui d’un projet pour l’Europe pour demain à 27, après le Brexit.

J’étais contre le départ du Royaume-Uni. Je suis contre le départ du Royaume-Uni. Mais la démocratie a parlé, et ne pas respecter le résultat des urnes, c’est couper l’herbe sous les pieds des démocrates. Nous devons donc respecter ce scrutin, et en tirer le meilleur. Le meilleur pour le peuple britannique : il lui appartiendra de le définir. Mais pour l’Europe des 27, c’est de se saisir de ce point de rendez-vous, qui coïncide avec notre soixantième anniversaire, pour définir l’Europe que nous voulons, notre modèle.

Et nous avons entre les mains un joyau incroyable, qui s’est passé ici à Paris. Dans ce pays dont on dit qu’il est parfois traversé par l’eurosceptiscisme. C’est dans ce pays, cette capitale, que s’est tenue cette COP21 qui nous permet d’inventer le monde de demain. Faisons donc de l’Europe à 27 le phare éclairé d’un nouveau monde, celui où l’on protégerait la planète au nom des hommes et des femmes qui l’habitent.

Je vous remercie.